9 août 2017

La dictature du bonheur

 

Je crois que ce qui m’embête le plus, avec le développement personnel, ce sont les injonctions au bonheur.

 

attends je m’explique

 

Ce sont ces milliers de phrases toutes faites, et convenues, qui m’ordonnent d’être heureuse, qui me demandent de devenir une meilleure version de moi même, qui m’imposent un chemin pour être enfin bien dans mon corps et dans ma tête, pour enfin réaliser mes rêves et prendre la vie côté coca-cola. Et ces millions de petites phrases toutes faites, qui disent que « quand on veut, on peut » que « ton bonheur ne dépend que de toi », que « tu peux être qui tu veux »… et qui finissent par oppresser et me faire culpabiliser. De ne pas être heureuse, de ne pas pouvoir, et de ne pas être qui je veux.

 

moi, quand je tape developpement personnel sur pinterest…

 

Ca fait un petit moment maintenant que je passe par tout le processus de remise en question personnelle, et je peux affirmer, que toutes ces injonctions au bonheur sont vraiment -mais alors vraiment, vraiment- néfastes, et partiellement fausses, aussi.

Se remettre en question, ce n’est généralement pas un truc que l’on commence à faire naturellement quand tout va bien. Personne ne se lève un matin en se disant « tiens je suis heureux, mais aujourd’hui je vais devenir une meilleure version de moi même ». Et en fait je crois même que personne ne se lève un matin en se disant « bon allez aujourd’hui, je me remets en question »…

Parce qu’en fait se remettre en question, c’est un peu le truc le plus désagréable par lequel je suis passée, et a priori personne -disons, très peu de gens, si vous avez la chance d’en être, signalez le moi- ne s’inflige ça, si ce n’est pour une raison viscérale et vitale. Je ne pense pas qu’on se développe personnellement par pure envie, mais plutôt  par besoin, profond. Parce que c’est flippant, et douloureux, et désagréable, et épuisant.

 

Merci Sully

 

Alors pour commencer, on n’a pas besoin d’entendre à ce moment là qu’il faut « être vous même » et que  « vous pouvez être qui vous voulez » déjà parce que la plupart du temps… Vous ne savez pas très bien qui vous êtes ni ce que vous voulez, et que c’est pas grave. Que le seul truc important et vital là maintenant, c’est déjà de réussir à sortir du lit, et d’aller jusqu’à demain. Et que parfois, même quand on veut, on ne peut pas. Pas maintenant en tous cas, pas dans l’immédiat, et qu’il n’y a pas à culpabiliser pour ça. Parce que personne n’arriverait à culpabiliser ma grand mère de ne pas pouvoir courir un marathon même si elle en meurt d’envie. Alors personne n’a à essayer de me culpabiliser moi, vous, de ne pas pouvoir courir après nos rêves aujourd’hui, parce que l’urgence de la vie parfois, c’est de se rappeler ce que sont nos rêves, déjà.

 

Bien sûr, ça part d’une bonne intention, de nous rappeler que tout n’est pas noir et que le brouillard actuel peut se dissiper. Sauf que tout n’est pas rose non plus en fait… Et que ce serait bien de le dire aussi.  Que même si on aimerait bien, même si on le souhaite super fort, même si on veut, faudra toujours demain se lever pour faire un boulot qu’on n’aime pas le temps de payer des factures. Parce que non, on ne peux pas chercher du boulot, se remettre au sport, manger bio, entretenir sa vie sociale, et dormir, en même temps.

Oui un jour on changera de boulot, mais là c’est pas la priorité. Et ça me ferait du bien de nuancer un peu « quand on veut, on peut, à un moment… », « Soyez vous même, quand vous vous serez trouvé », et de rappeler que « ton bonheur ne dépend que de toi, donc ne t’inquiètes pas, tu bien finir par trouver comment être heureu.x.se tout.e seul.e » -et aussi, si t’arrives pas a être heureux.se là tout de suite maintenant, c’est pas parce que t’es trop nul.le pour y arriver, promis-

Je sais que le développement personnel aide énormément de gens, qui se retrouvent dedans. Et je plussoie, toute démarche de remise en question, volontaire ou forcée, parce que ça fait grandir. Mais au fond surtout, de voir ces conseils fleurir un peu partout, ça me rassure sur le fait que je ne suis pas la seule à galérer avec ma vie, mes buts, et le bonheur en général. Et que donc c’est normal. Que ce n’est pas une vaine  quête. Et surtout qu’il y a des solutions, qu’un jour on en sort, qu’un jour on arrête de tout remettre en question sans cadre et sans fondement.

 

Oui, ça c’est chouette!

 

Mais vraiment, si vous êtes comme moi un.e adepte de la pensée positive, essayez de repérer et limiter les injonctions au bonheur, parce que dans ce domaine là chacun a sa recette, ses étapes d’évolution, ses épiphanies et ses phrases fétiches pour se lever le matin et pour se coucher sereinement. Et aucune recette de bonheur ne devrait être exposée comme la seule bonne à suivre et l’unique vérité… Soyons niais, mais si on arrêtait de se mettre en compétition dans le domaine, ça serait peut-être un joli pas vers le bonheur non?

 

 

 

Pour aller plus loin:

Slate : pour etre heureux, oubliez vous

Arte: L’injonction au bonheur, source de souffrances

 

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1 Comment

  • The mountain dit :

    Coucou ! (mon pseudo te dit quelque chose? héhé)
    Je suis totalement d’accord avec le fond de ton article et je voulais te partager un article du blog de Matthieu Ricard, moine bouddhiste (entre autres) : http://www.matthieuricard.org/blog/posts/le-developpement-personnel-pour-qui

    « Plus que tout, il faut se demander quel sera le bénéficiaire de ce « développement personnel ». S’il s’agit uniquement de soi-même, c’est une totale perte de temps. La transformation de soi n’a de sens que si elle nous permet, par voie de conséquence, de mieux nous mettre au service des autres. Développement personnel sans bonté n’est que la construction de la tour d’ivoire de l’égocentrisme. Méditation sans bienveillance revient à passer quelques moments tranquilles dans la bulle de l’ego. »

    En fait, le développement personnel puise énormément dans la méditation bouddhiste en en détournant complètement l’empathie envers soi-même mais aussi… Envers les autres ! Même s’il est normal de prendre soin de soi et que c’est une étape indispensable pour ressentir de l’empathie, pour ma part je ‘ai de plus en plus l’impression que ce soit de plus en plus un culte du narcissisme pur…

    Merci pour cet article en tous cas!

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