9 janvier 2020

9 Janvier 2020 – Le paradoxe de l’écriture

J’ai le réflexe, et l’habitude, de prendre pour moi les rêves et les attentes des autres. Et de les porter, le plus fort possible, à leur place. D’intégrer très fort les normes sociales, les envies des gens que j’aime, les dictas de la société, de les mélanger très bien, jusqu’à croire que je me les suis appropriés. D’emmagasiner les espoirs et les envies du monde, jusqu’à en oublier les miennes parfois, souvent. Alors j’écris.

Pour me rappeler qui je suis, ce que je veux, ce que j’ai toujours voulu où que ce que j’ambitionne depuis peu. J’écris pour ne pas oublier prochainement ce que sont mes souhaits actuels, mais surtout je pose des mots parce que dans ces moments précieux d’écriture je me retrouve souvent nue face à moi même. Sans les ornements du monde extérieur pour parasiter mes dires, mes pensées, et mes souhaits. Je crois que c’est une des raisons pour lesquelles j’écris sous pseudonyme souvent. Pour ne pas être tout à fait moi, pour le libéré du paraître, du qu’en dira-t-on, du qu’en diras-tu? Sous mon vrai nom, j’ai l’impression que l’audience entière se résume à ceux que j’aime, ceux que je ne veux pas décevoir, pour rien au monde jamais, et la pression est trop forte pour réussir à écrire qui je suis et ce que je veux. Alors je me cache, derrière Billie et dans ce monde là. Que je ne diffuse pas, ou peu.

Et inéluctablement, parce que j’ai pris l’habitude de porter les rêves des autres, j’ai pris le pli de me valoriser de leur avis et de leur reconnaissance. Fatalement, la liberté de l’écriture anonyme vient clasher avec l’envie de m’exposer, et d’être appréciée pour qui je suis. C’est assez paradoxal l’écriture chez moi, chez tout le monde peut être. Ce moment d’intimité destiné à être partagé, sinon pourquoi l’inscrire noir sur blanc. Si ce n’est pour se souvenir, et pour qu’iels se souviennent.

Je pourrai remédier à ça en écrivant sur autre chose que sur moi, pour changer. Et pourtant je n’y arrive pas, ou moins, moins naturellement en tous cas. Ecrire à cela de narcissique que ça n’appartient qu’à nous, et que franchement je n’ai pas vraiment envie de partager. J’aime bien ça, aligner les mots, les pauses, les envolés lyriques et dramatiques que je ne m’autorise pas dans la « vraie vie » dans la vie ordinaire, orale, banale. L’écriture me sort de ma banalité, alors je n’ai pas envie d’en écrire. Je n’ai envie de ne parler que de ces trucs qui me font vibrer, de ces émotions, intimes et à la fois universelles, qui font de nous rendent si uniques et si humains à la fois. Je n’ai pas envie d’écrire sur de l’éphémère et du banal et en même temps, quoi de plus anodin qu’une personne comme tout le monde ressentant la même chose que des milliards d’êtres humains.

Il paraît qu’on aime me lire parce que j’écris bien. Mais si j’écris creux, même les plus fidèles lecteurs se rendront compte de la supercherie. C’est peut être pour cela que j’écris moins, et moins souvent. Parce qu’à force de vie, on finit par revoir les mêmes sujets en boucles, les mêmes tords et les mêmes victoires. Alors voilà, j’écris pour me rappeler qui je suis, un être humain lamba au 21eme siècle, avec des douleurs, des envies et des espoirs somme toute banals, avec des rêves finalement atteignables. Alors tu vois, y’a vraiment pas de raison d’en faire un fromage.

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Website design by Marine Poyard // Wordpress Theme 'Nicole' by IPKabuto